Les derniers marchands ambulants

16/02/2017
Les derniers marchands ambulants

Crédit photos et source : L'Est Républicain - Edition du 10 février 2017

Un brouillard que seuls les corbeaux arrivent à percer tente de noyer la camionnette de Sandrine Vinot, qui roule tous phares allumés sur la RD. À l’intérieur du véhicule, des robes, des pulls d’hiver, des pantoufles et autres peignoirs bien chauds et de marque française se trémoussent sur les cintres. « Je me fournis exclusivement en France, les sous-vêtements à Toulouse, le linge de maison en Dordogne, les vêtements de travail à Digoin. J’ai commencé ce travail en 2004, avec ma mère. J’étais secrétaire comptable et elle agent d’assurances. Puis un jour, on a décidé de faire autre chose. Je ne voulais pas faire dans le textile et puis j’ai fait une tournée et j’ai adhéré. Aujourd’hui, je me dis que je ne suis pas près d’arrêter », sourit Sandrine, qui est la dernière commerçante ambulante proposant des vêtements, la franchise Magasins Bleus et Barbe Bleue n’ayant plus de commercial dans le département depuis un an et demi.

« Nous sommes à la recherche de quelqu’un habitant la zone. Nous leur confions un portefeuille clients et un véhicule boutique. À lui de pouvoir le sécuriser dans un garage », explique Christian Denis, le directeur général.

Sandrine est à son compte et son rayon d’action est plus restreint mais elle passe régulièrement dans les villages dans lesquels elle rayonne en escargot autour de Seuil-d’Argonne, parcourant 20 000 km par an.

Ne pas trop compter son temps

« J’ai démarré avec 160 communes et aujourd’hui j’en couvre 190 en Meuse, Marne et Ardenne. Je connais bien mes clients, et avec le bouche-à-oreille, j’ai étoffé ma clientèle. L’été, c’est plus pratique, les gens viennent d’eux-mêmes à la camionnette pour voir ce qu’il y a. C’est une clientèle rurale qui aime les choses classiques mais je fais également des jeans et un peu de vêtements fantaisie. Je me suis aperçu que certains messieurs ont horreur de faire les magasins ».

Le métier demande d’aimer le contact, avec souvent des personnes âgées, et il faut également ne pas trop compter son temps.

« Je les connais depuis plus de dix ans, alors des liens se sont tissés. Je prends le café et on discute des petits-enfants, je remets une bûche dans le feu, je téléphone à la Sécurité sociale, on parle des bobos. Certaines personnes ne voient pas beaucoup de monde, surtout l’hiver. Je suis un peu leur gamine », sourit Sandrine Vinot en sonnant à la porte de sa première cliente, Mme Faure, qui fête ses 101 ans. L’accueil est chaleureux. Sa fille est là et les fleurs que la commerçante lui offre déclenchent quelques larmes, avant de passer à l’essayage de pull sans manches facile à enfiler.

Une trentaine de minutes plus tard, la camionnette s’enfonce de nouveau dans le brouillard à petite vitesse vers d’autres rapports humains.